Paroisse Saint-Denys de La Chapelle
http://saintdenyslachapelle.fr/Bombardement-Avril-1944
      Bombardement Avril 1944

Bombardement Avril 1944

La Chapelle au clair de lune - Souvenir d’un paroissien

Extrait de « La Gazette du Bouquetin », n°15 du 31 janvier 1995

Nuit du jeudi 20 au vendredi 21 Avril 1944

Cette nuit-là, l’aviation anglo-américaine avait fixé son choix sur la gare de la Chapelle. Une grande première pour Paris, mais nous ne le savions pas.
Le soir, en famille, comme à l’accoutumé, nous avions capté sur notre installation de fortune les voix lointaines et amies venues de Londres. Les émissions étaient toujours brouillées et souvent inaudibles… Avions-nous entendu ce « Message Personnel » qui annonçait le raid ? C’est peu probable et je ne m’en souviens pas. De toute façon, nous n’en aurions pas saisi le sens car l’information était destinée aux seuls initiés.


Un peu après minuit, le réveil fut brutal. La DCA allemande avec ses claquements secs et répétés couvrait le ululement lugubre des sirènes. Le ciel était embrasé et les ombres disparaissaient sous la lumière violente et blafarde des fusées qui délimitaient l’objectif. Mon père, casqué, était déjà parti rejoindre le poste de police le plus proche. Quant à nous, nous nous étions retrouvés avec nos voisins au plus profond de la cave de l’immeuble pour y trouver un refuge précaire et faussement rassurant.
A peine installés, le vacarme se fit plus intense encore. Un déluge de fer et de feu s’abattait au-dessus de nos têtes. Les murs de la cave vibraient et le sol semblait se dérober sous nos pieds. Ce concert effrayant dura près de deux heures. Le sifflement des bombes était ininterrompu et les explosions se succédaient sans relâche. Comme au football, il y a eu quand même quelques instants de pose, ce n’était qu’un sursis et j’ai su par la suite que la seconde mi-temps avait été plus meurtrière que la première.

Vendredi 21 Avril 1944

Bien avant l’aube, la tourmente passée et le calme revenu, nous étions tous sortis des abris. Prudents et encore craintifs, chacun y allait de son petit commentaire. Moi, je restais silencieux, hébété, sans bien comprendre. La poussière virevoltait autour de nous, le boulevard était jonché de débris, mais notre quartier n’avait pas trop souffert. A l’autre extrémité, un seul immeuble avait été éventré dans sa partie supérieure. Les gazomètres voisins avaient heureusement échappé au carnage. Plus loin, vers le Porte de la Chapelle, la vision était apocalyptique. Il n’y avait que désolation et ruines fumantes.
Au petit matin, les équipes de secours dénombraient près de 500 tués et plus de 2 000 blessés. Les dégâts étaient considérables. Volant à très haute altitude pour éviter les tirs de la DCA, les agresseurs n’avaient pas été bien précis et leurs bombes s’étaient éparpillées dans un vaste périmètre loin de l’objectif allant jusqu’à atteindre les abords de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre.

Plus près de nous, à la limite de Paris, impasse Marteau, il y avait de nombreuses victimes. Celles-ci s’étaient réfugiées dans des tranchées-abris construites au début des hostilités dans un terrain vague tout proche. Elles avaient délaissé les caves de leurs immeubles en pensant pouvoir trouver là une plus grande sécurité. Tout le terrain avait été « labouré » par les bombes.
Si un jour vous allez vous promener derrière le Boulevard Périphérique, vous découvrirez le long de la bretelle de sortie un petit monument toujours bien fleuri qui a été érigé là en souvenir des victimes de l’impasse Marteau (« REPUBLIQUE FRANCAISE – A LA MEMOIRE DES MALHEUREUSES VICTIMES DU BOMBARDEMENT DE LA PLAINE 21 AVRIL 1944  »). L’endroit, isolé, n’est pas un lieu touristique et les piétons ne le fréquentent guère. Seuls les automobiles et les camions toujours pressés passent continuellement devant la stèle sans y porter beaucoup attention.
En revenant à la maison, j’ai trouvé sur le rebord de ma fenêtre de chambre, deux petits morceaux de métal, deux éclats d’obus ou de bombe qui étaient venus s’échouer là. Je les ai toujours conservés précieusement.
Ce bombardement n’était, hélas, pas isolé. Dans les jours précédents, il y avait eu la destruction des installations ferroviaires de Villeneuve-Saint-Georges, Vers-Torcy et Noisy-le-Sec. L’ouest de la France et plus particulièrement Rouen et d’autres villes de Normandie n’étaient pas épargnés.
Ces opérations menées par l’aviation alliée étaient-elles utiles et efficaces ? Je n’en sais rien mais les souffrances supplémentaires qu’elles imposaient aux populations déjà bien éprouvées par quatre années d’occupation, étaient certainement disproportionnées aux résultats obtenus.
Le français moyen, lui, ne comprenait pas très bien cette agressivité de nos alliés et se posait beaucoup de questions sur ces agissements qui n’avaient apparemment rien d’amicaux.
Aussi, lorsque le 26 Avril, le maréchal Pétain quittant Vichy pour quelques jours, était venu s’incliner devant les victimes parisiennes, une foule immense s’était massée spontanément sur la place de l’Hotel de Ville, pour l’attendre et l’acclamer.
Quatre mois plus tard, le bon peuple de Paris chassait l’occupant nazi avec le seul concours des unités de la Deuxième Division Blindée du général Leclerc et, sans l’intervention des forces américaines car le Grand Commandement allié avait estimé que la libération de Paris n’était pas un objectif prioritaire.
A une époque où l’on commémore tout et n’importe quoi (et parfois n’importe comment), tandis que les historiens plus ou moins compétents « fabriquent » leurs versions de notre Histoire, j’ai pensé qu’il était bon de témoigner et de rappeler les évènements tels qu’ils s’étaient produits, même si le bombardement de la Chapelle n’a été qu’un petit épisode d’une guerre devenus mondiale.
Tout au long du printemps et de l’été 1994 se sont déroulées les cérémonies du 50ème anniversaire du Débarquement et de la Libération. A cette occasion, j’ai constaté avec regret que les autorités officielles avaient « gommé » ces évènements de leur calendrier. Elles n’ont pas eu le courage de rappeler le sacrifice de toutes ces victimes anonymes tombées sous les bombardements aériens.
Personne n’est venu s’incliner devant le petit monument de l’impasse Marteau.
Auteur : Claude Avanthey

Plus d’information sur ce bombardement : http://francecrashes39-45.net/chapelle_20_21_avril44.php

4 réactions


12 juillet 2015 20:11, par Muriel

« Maman »
m’a souvent parler de cette nuit elle vivait au 10 rue du Landy pas très loin du pont de soisson que ma grand mère pour qu’ils soient à l habri avait choisi un pont c est la que des gitans lui ont dit de sortir de la car la cible était tous les ponts ma famille à été sauvée par des personnes qui avaient déjà payer un fort tribu par ce message je tiens à les remercier car sans eux. Je ne serais pas de ce monde car maman n avait que 8 ans merci à vous aussi. maman me pariait de la chapelle au clair de lune et avec ses yeux d’enfant que le ciel est tout orange et qu’ils y avaient comme des étoiles filantes et le bruit assourdissant 

- repondre message

  • 18 juillet 2015 21:27, par Arnaud M.

    Merci Muriel de ce témoignage de ces événements d’il y a 70 ans au travers de la parole de votre Maman.

    -  répondre

 


3 octobre 2015 16:07, par jean labaune

  BONBARDEMENT 21 AVRIL 1944
  A muriel
Merci de votre témoignage . Le pont de soissons était en effet une cible pour le bomber command . Deux bombes tombent à proximité et une sur le pont .Le père la mère et les six enfants de la famille CAPORUSCIO sont tué sous ce pont .   Bien amicalement              4 Jean labaune rescapè de ce clair de lune .

- repondre message


 


4 août 2016 00:29, par Fort BENOIST

J’ai aussi vécu ce bombardement, j’avais huit ans aussi et mes souvenirs sont très précis, les heures passées à la cave, référencée ABRI à l’époque, ce qui signifiait que c’était sûr. Je me souviens du bruit assourdissant des bombardiers, le sol se soulevait sous l’impact des bombes tombées très près de notre immeuble, en sortant de l’abri, Maman a voulu que je dorme un peu, puis est redescendue pour constater que deux immeubles étaient effondrés, immeubles dans lesquels malheureusement se trouvaient des personnes que nous connaissions, les coiffeurs venaient de perdre leur fils leur belle-fille et leur petit-fils, le confiseur, sa femme, sa mère, ses deux enfants, et dans l’appartement beaucoup d’objets étaient tombés, je me souviens en particulier de pots de confiture, confectionnés par maman et ma grand-mère paternel que nous allions voir régulièrement en Seine et Marne, mon père, leur fils, était prisonnier en Autriche, il y restera 5 longues années. A l’époque nous vivions près de mes grands-parents maternels qui tenaient un bureau de tabac. Oui ce sont des souvenirs inoubliables, même si cette seconde guerre mondiale a vu d’autres horreurs, et le message la veille de ce bombardement, que mes grands-parents et Maman avait entendu, était "La Chapelle au Clair de Lune" très édifiant.

- repondre message


 

Réagir à cet articleRéagir à cet article

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Saint-Denys de la Chapelle
- 16-18 rue de La Chapelle 75018 Paris
- Messes samedi 18h30, dimanche 11h
- Messes lundi, mercredi, jeudi, vendredi à 12h15
- Office des laudes les lundi 8h30, jeudi et vendredi 7h30
Basilique Sainte-Jeanne d’Arc
- 18 rue de La Chapelle 75018 Paris
Eglise Saint-Pierre Saint-Paul
- 44 rue Charles Hermite 75018 Paris
- Messe à 9h le 1er dimanche du mois
- Office des laudes les mercredis matins à 7h30
(hors vacances scolaires).

septembre 2017 :

Rien pour ce mois

août 2017 | octobre 2017

Bonnenouvelle.fr

Lectures du jour

Saint(s) du jour

Diocèse de Paris

Diocèse de Saint-Denis

Fédération protestante de France

Zenit, le monde de Rome

Chemin Neuf